Reliure à la ligne

Reliure à la ligne

mercredi 21 octobre 2009

Carnet de voyage : la parure.

La peau de couvrure de nos reliures doit être affinée car elle est trop épaisse pour être posée telle quelle sur le dos des livres. Nous envoyons donc nos peaux chez "un pareur" qui à l'aide d'une machine à parer ou à refendre, dédouble la peau en plusieurs épaisseurs. Nous travaillons avec des peaux refendues entre 2/10ème pour la mosaïque (décor sur les plats du livre )et 4/10ème pour la couvrure du livre.

Peau de buffle

Peau de buffle avant parure : elle a une épaisseur de 2,5 mm


Peau de buffle après parure : 5/10ème de mm


La finesse de la peau est fonction de sa qualité : les peaux grainées comme le chagrin, le maroquin ou le buffle ne peuvent pas être parées trop finement car le creux du grain est entamé et on voit au travers de la peau. On les pare en général à 4/10è. La basane qui est du mouton, le box peuvent être parées beaucoup plus finement car ces peaux sont lisses.
Ce qui est formidable avec les peaux de buffle qui sont très épaisses, c'est que l'on a une couche de fleur (dessus de la peau) et 2, 3 voir 4 épaisseurs de doublures qui peuvent être utilisées pour l'intérieur des boites, pour faire des gardes, pour consolider les dos. Bref nous avons une matière première qui se dédouble est qui est utilisée au maximum, ce qui est beaucoup plus économique.

Voici une fleur de buffle mat et ses 3 doublures.

Et voila la peau du carnet de voyage de Marie, un chagrin marron et sa doublure :


Au fait, le chagrin est une peau de chèvre avec un grain fin et le petit outil qui me permet de connaitre l'épaisseur de la peau c'est un palmer. On connait toutes les épaisseurs au dixième de millimètre avec cette petite chose là. Les peaux, les papiers, les cartes, rien n'est laissé au hasard.
Je mettrai le chagrin marron sur le dos du carnet et le parchemin sur les plats.
Mais ça c'est pour plus tard.

dimanche 11 octobre 2009

Carnet de voyage: Peau de couvrure.

Marie voulait, pour les plats de son carnet de voyage, une peau de parchemin. J'avais eu la chance de faire une journée découverte avec mes élèves à St Florent le vieil, en Pays de Loire,où nous avions visiter l'atelier d'un parcheminier qui malheureusement a cesser depuis son activité. Il faisait des parchemins magnifiques, aussi bien par leur qualité que d'un point de vue esthétique.

Il avait la particularité de conserver la racine des poils dans la peau ce qui donne des effets décoratifs très intéressants.

Voici quelques explications très succinctes du travail de la peau pour qu'elle devienne parchemin.

Toute peau de mammifère peut-être utilisée : bovin, caprin, ovin, mais aussi le porc, le cerf, l'âne. On dit :"- Faire l'âne pour avoir le son". On tue l'âne pour faire une peau de tambour.

Plus l'animal est jeune, plus la peau sera fine. C'est pourquoi les peaux des animaux morts-nés ( appelées vélins) ont toujours été très recherchées pour des utilisations nobles et un travail soigné. La peau ne doit pas être grasse pour que l'encre et les couleurs se fixent correctement.

Les peaux dépouillées, après un temps de repos, sont passées en rivière pour être lavées et réhydratées. Elles sont trempées ensuite dans un bain de chaux, très corrosif, qui ronge les tissus et décolle les poils du derme. Puis la peau est tendue sur un cadre de bois où les fibres sont étirées fixant ainsi son élasticité.


Avec de la poudre de craie, la peau est blanchie et la graisse absorbée.

Le parchemin, matériau couteux, est utilisé au maximum de ses possibilités au Moyen-âge. On le gratte pour le gommer et réécrire plusieurs fois, et ces "palimpsestes" sont des richesses pour les chercheurs qui retrouvent des écrits de différentes époques.

Reliure à mors ouverts. Plats en parchemin.

Voilà, vous en savez un peu plus peut-être sur le parchemin, qu'un certain nombre de personnes prennent pour du papier.

Bientôt la suite du carnet de voyage de Marie. Mais pour cela il faut que je travaille dessus et en ce moment je n'ai guère de temps à lui consacrer.

mardi 6 octobre 2009

Carnet de voyage : Tranchefile

Le carnet avance. Nous en étions restés à la couture. Depuis j'ai arrondi le dos, coupé les cartons provisoirement et fait une mise en presse pendant une nuit pour que le livre soit bien formé. Ensuite j'ai mis une mousseline sur le dos du livre pour le consolider, puis une fois sec, j'ai poncé pour égaliser les défauts.


Pour faire joli j'ai brodé en tête et en pied du livre au niveau de la coiffe (voir le glossaire) une tranchefile. C'est un petit feston qui protège un peu la coiffe.

Tranchefile du carnet de voyage.

Il en existe de toutes sortes : des mécaniques qui se vendent au mètre (et qui ne sont pas bien belles), on peut aussi comme je l'ai fait les broder avec du fil de soie, autour d'un ou deux bâtonnets, ce qui donne une certaine épaisseur à la tranchefile et qui est très joli lorsque c'est réussi, car c'est difficile d'avoir une tension régulière. (J'avais une belle photo de Laure en train de broder, mais je n'arrive pas à vous la montrer, dommage) Ma tranchefile est la plus simple à réaliser car je ne suis pas très douée pour cette opération. Et puis on peut aussi faire des tranchefiles en peau, de différentes couleur en harmonie avec sa reliure. Ca aussi c'est très bien.


Tranchefiles en peau : ici deux couleurs, vert et jaune.

La prochaine fois je vous montre la peau que je mettrais sur les plats du carnet, du parchemin, que Marie aime bien.

vendredi 2 octobre 2009

Exposition réussie !!

Je vous donne à nouveau des nouvelles après un long moment de silence. La préparation de l'exposition et le démarrage des cours m'ont laissé peu de temps pour l'écriture.
Et oui vraiment je suis très contente de notre exposition, cru 2009.

Autour du thème des correspondances nous avons travaillé sur le montage de documents épars, souvent en feuillets simples : des lettres manuscrites, des dessins d'enfants, des photos, des documents administratifs ( Mauricette à réuni toute la recherche de sa grand mère pour retrouver son mari disparu pendant la grande guerre ), des bulletins scolaires, des carnets de chasses, des cartes postales, bref toute une série de souvenirs personnels auquels nous étions attachés et qu'il fallait conserver.

Grâce à Nellie, ancienne relieure à la retraite de la bibliothèque nationale, que je remercie encore vivement, je me suis remise sur les rails du montage de documents sur onglets. Car cela ne semble pas compliqué comme ça, mais il faut un peu réflechir : à chaque fois on se trouve devant une série de documents de hauteurs différentes, de largeurs différentes, d'épaisseurs différentes, toute une série de paramètres dont il faut tenir compte pour avoir un livre qui soit équilibré.
"Lettres d'une mère à son fils pensionnaire,
au début du 20ème siècle."
Détail de la coiffe

Ensuite, chaque document est monté sur une feuille d'une certaine épaisseur, en fonction de chaque document, feuille qui sera collée au fond du document puis repliée en un ou plusieurs plis, de façon à compenser l'épaisseur du document et parfois même, des suivants. Vous me suivez ? Complexe non ? Je confirme : il faut de la méthode, trier, réparer, classer, repérer le plus large, le plus haut, faire des gabarits, coller les onglets, plier, recouper.

A chaque fois on place le premier document en haut puis le second au milieu, le troisième en bas et on recommence, privilégiant l'équilibrage de petits documents pour que le centre du livre ne bombe pas trop.

Equilibrage des documents : en haut, au milieu, en bas.


Vous voyez comme l'écriture est belle ? Et regardez bien les lettres du haut de la page : pour économiser le papier,la lettre commence normalement( écriture horizontale) puis la carte est tournée pour écrire dans l'autre sens (verticale). C'est magnifique. Quelle régularité !
(Christine a fourni un beau travail avec toutes ses vieilles lettres réunies.)
C'était un sacré boulot et j'ai été surprise et très contente des résultats. C'est propre, très élégant avec les différentes couleurs des papiers, fanés par les années.

et au final, de beaux témoignages à la fois avec le fond, écrit par nos ancêtres, et la forme, réalisée par les générations suivantes.
Belle histoire ...


Reliure de conservation en papier pour 3 cahiers de tailles différentes. On voit le montage sur onglets repliés.

Nous avons aussi travaillé sur des correspondances d'écrivains célèbres : Madame de Sévigné, Rilke, Saint Exupéry et d'autres.

Et aussi des reliures "à languettes" qui se prêtent bien au montage de cartes postales (Madeleine a relié tous ces coeurs en cartes postales) ou de dessins d'enfants (Jocelyne a réuni tous les dessins et petits mots tendres de sa fille )


"Dessins de Lauranne" Reliure à languettes.

J'ai réuni également de cette façon tout les petits mots de l'exposition de St Cyr sur Loire de 2008 qui firent le livre d'or.

"Livre d'or" : exposition 2008 à St Cyr sur Loire

Voilà, si vous n'étiez pas là mercredi, vous avez un aperçu de notre travail. Le diaporama sur le côté montre l'ensemble des reliures exécutées par mes élèves.